Voitures électriques : +760 % aux États-Unis, et en France ?
Aux États-Unis, les passages aux urgences liés au vélo électrique ont été multipliés par plus de huit en trois ans, selon des données hospitalières publiées en octobre. En France, la seule statistique nationale propre au vélo à assistance électrique (VAE) concerne les décès, et les blessés restent largement non mesurés.

Le chiffre de +760 % circule depuis quelques jours. Il provient de Truveta, une société américaine qui exploite les dossiers médicaux d’un réseau d’hôpitaux. Dans son étude publiée le 12 octobre, elle compare les passages aux urgences liés au vélo électrique et au vélo classique, de janvier à août, entre 2023 et 2026. Pour 100 000 patients passés aux urgences, le taux lié au vélo électrique passe de 1,2 à 10,1, tandis que celui du vélo classique évolue de 59,4 à 64,1.
Le détail par âge est plus marquant encore. Chez les moins de 18 ans, le taux est multiplié par 19, contre 1,45 pour le vélo classique. Les mineurs représentent 31 % des blessés en vélo électrique recensés. Les fractures pèsent un peu plus lourd qu’en vélo classique (28,3 % contre 25,1 %), tout comme les traumatismes crâniens chez les mineurs (7,8 % contre 6 %).
Une hausse à lire avec prudence
Truveta précise que ses résultats sont préliminaires et n’ont pas été relus par des pairs. Les codes de diagnostic propres au vélo électrique n’existent dans les hôpitaux américains que depuis octobre 2022, si bien qu’une partie de la hausse peut venir d’un recours plus fréquent des médecins à ces codes. L’étude ne indique pas non plus le nombre de vélos électriques en circulation ni les distances parcourues. Un taux qui augmente alors que le parc se développe ne signifie pas forcément que le risque progresse.
Le cadre réglementaire américain entre aussi en jeu. La classe 2 autorise une assistance par poignée d’accélérateur sans pédaler, et la classe 3 une assistance jusqu’à 45 km/h, soit l’équivalent des speed bikes en France. Beaucoup d’États interdisent seulement la classe 3 aux moins de 16 ans, alors que l’Académie américaine de pédiatrie recommande qu’aucun enfant de moins de 16 ans ne conduise de vélo électrique. Les adolescents américains roulent ainsi souvent sur des engins qui, en France, seraient classés comme cyclomoteurs.
En France, des morts suivis, des blessés moins connus
Selon l’ONISR, 31 cyclistes ont été tués en VAE en 2025, un de moins qu’en 2024, sur un total de 235 cyclistes tués. En 2022, on comptait 43 morts en VAE sur 245 cyclistes tués. Plus de la moitié des personnes tuées en VAE ont 65 ans ou plus.
Le problème tient à ce qui n’est pas mesuré. Les 2 800 blessés graves à vélo estimés en 2025 ne sont pas ventilés entre vélo classique et électrique, et aucune donnée nationale ne suit les urgences comme le fait Truveta. Les études existantes viennent de l’étranger : en Allemagne, l’assureur UDV n’a pas constaté que le VAE était plus accidentogène à distance égale, tandis que des médecins zurichois ont relevé des blessures à la tête plus proches de celles des motards.
La filière met en garde contre les fatbikes non conformes. Selon elle, 96 % des fatbikes vendus en France ne respectent pas les règles applicables aux VAE, avec des moteurs bien au-delà de 250 W et des poignées d’accélérateur. Ces engins se rapprochent davantage des vélos américains de classe 2 que d’un VAE, dans un paysage où la mortalité en trottinette électrique a déjà bondi, à 79 morts en 2025.